Il est drôle, pétillant, cultivé.
Et voilà qu'elle se surprend à fantasmer sur cet homme qu'elle connait depuis 10mn à peine!
Elle s'imagine posant ses lèvres sur les siennes et s'abandonnant dans ses bras...
Elle secoue la tête, comme pour se réveiller. Il lève un sourcil intrigué.
Elle répond à sa question silencieuse par ce sourire mystérieux dont elle a le secret et qui fait chavirer les cœurs.
Un grésillement se fait entendre et de nouveau la voix du conducteur leur parvient.
« La panne est plus sérieuse que prévue et ne pourra être résolue
avant demain matin, explique Faustine à son compagnon de voyage.
Je crois qu'on est bon pour dormir ici ! »
Il ose une plaisanterie : « Je ne pensais pas passer une nuit avec toi si vite... »
Le tutoiement s’est glissé dans sa phrase tout naturellement.
Elle le regarde, surprise, voit son sourire et éclate de rire.
« Moi non plus, tu sais ! Ne va pas t'imaginer que je suis une fille facile pour autant !»
Elle lui lance un petit clin d'œil complice, puis allonge un peu ses jambes, le frôlant légèrement.
Cela suffit à l'émoustiller. Elle réprime un bâillement puis plante son regard dans le sien.
« T'es-tu déjà dit que rien n'arrive jamais par hasard ? » demande-t-elle d'un ton qui se veut banal.
Il la fixe étrangement et prend son temps pour lui répondre.
« Crois-tu que notre rencontre ici était prévue ? »
« Tu réponds toujours à une question par une autre question ? »
« C'est juste que je me demandais la même chose au même moment, curieux non ? »
Elle se tourne vers la fenêtre et voit les premières étoiles apparaître.
L'air est lourd, elle retire son gilet, le pose à ses côtés puis rétorque :
« Je crois qu'il y a des coïncidences qui n'en sont pas. Le fait que nous soyons tous les deux du même pays, bloqués dans le même wagon dans un coin paumé de la planète me semble assez étrange. Je me demande si tu n’es pas un genre de taré ayant flashé sur moi et m’ayant suivie jusqu'ici dans l'espoir de se trouver dans une situation propice à l'abordage. »
Elle reprend son souffle après sa longue tirade et tente de déchiffrer l'expression de son interlocuteur.
Elle se souvient d'un de ses anciens jobs, qui consistait à récolter de l'argent pour des associations.
Elle accostait les gens dans la rue et devait lire sur leur visage s'ils accepteraient d’être des donateurs ou pas.
Elle était plutôt douée à l'époque. Mais là, elle ne parvenait pas à l'analyser. Elle supposa donc qu'elle avait perdue la main.
Quant à lui, il prit la sienne, déposa un baiser du bout des lèvres et lui murmura :
« Et si c'était cela que ferais-tu ? »
Son sourire était affectueux, sans moquerie aucune. Elle ressentit une vague de tendresse pour cet homme qu'elle connaissait à peine et eut une envie impérieuse de se blottir dans ses bras.
Il se leva, s'excusa, puis partit en direction des toilettes.
À peine la porte s'était-elle refermée que Faustine se précipita sur son sac pour en sortir un miroir de poche et une brosse.
Elle se scruta, sans pitié pour ses moindres défauts, puis peigna ses cheveux et les attacha avec une pince.
Ils étaient longs et lisses, d'une couleur indéfinissable entre le blond et le châtain.
Elle se rasait toujours l'arrière de la tête, se disant que c'était son côté rebelle, reste d'une époque où elle avait le crâne rasé.
Elle ajusta sa coiffe, jeta un dernier regard à son reflet. Perfectionniste, elle regarda ses dents, pour vérifier qu'aucun morceau de salade ne viendrait gâcher son magnifique sourire. Enfin, elle replaça le tout dans son sac prestement.
Il était temps ! Cédric reprenait place.
à suivre...
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